Retour sur WordCamp Europe

Le week-end du 27-29 septembre, plus de 900 personnes venant du monde entier se sont retrouvées à Sofia, Bulgarie, pour le 2e annuel WordCamp Europe. Sur un fond postsoviétique, meublé de béton, de passages souterrains et câbles électriques pondus partout comme des guirlandes de Noël, la communauté WordPress s’est réunie autour d’un idéalisme le plus postmoderne : l’économie de l’open source.

Ça peut paraître réducteur, mais il y a tout pour résumer les préoccupations de cette communauté et la diversité des sujets présentés le long du week-end.

Économie : Comment construisons-nous nos entreprises ? Comment nous nous professionnalisons ? Comment réaliser une croissance ? Comment vendre mieux ?

Open source. Que veut dire profiter d’une chose qui par définition est gratuite ? Quelles sont nos obligations envers elle ? Comment peut-on assurer son avenir et sa bonne santé ? Comment ces idéologies sont reflétées dans nos relations professionnelles et dans la fondation même de nos entreprises ?

Où le regard sur la pure technique tient toujours sa place à un WordCamp, on voit nettement une tendance vers les discussions plus pragmatiques et plus humaines. Par exemple, il est intéressant de parler des fragilités du WP_Query, surtout quand illustrées comme l’a fait Tom Nowell en nous montrant l’espace disque nécessaire pour effectuer les tests unitaires. En gros, assez pour causer la destruction de l’univers ! Eh oui, l’humour tient toujours sa place aussi, et ça fait du bien. Mais en plus des discours techniques tels que la migration d’un site (Daniel Kanchev), le protoyping interactive (Karin Christen) et la nouvelle génération de stacks d’hébergement (Mark Jaquith) ; nous avons pu réfléchir aussi sur la philosophie WordPress et à son sens pur (Siobhan McKeown), la dépression dans le domaine des nouvelles technologies (Yana Petrova), et un regard au-delà du code pour étudier le workflow de notre quotidien afin d’optimiser sa productivité et son sens d’équilibre général (Noel Tock).

Puis, il y avait le grand moment Q&A avec Matt Mullenweg, co-fondateur de WordPress et CEO d’Automattic, modéré par Om Malik, journaliste et un des tout premiers utilisateurs WordPress. Deux sujets sortis de l’entretien ont continué à faire débat même après le WordCamp : l’image de la femme dans les nouvelles technologies (et comment celle-ci s’exprime dans la culture de différents pays – souvenez-vous du fameux post par Vladimir Prelovac ?), et le souhait exprimé par Matt que les entreprises et les individus qui travaillent avec WordPress contribuent 5% de leur temps et/ou ressources à ce projet open source.

Alors qu’elle n’a pas de fait de vague, une question posée par Caspar Hübinger (25 :30), était tout particulièrement pertinente pour nous, la communauté française, étendue à la communauté non anglophone dans sa globalité — sujet qu’on a pu creuser lors du « Contributor Day » le lendemain. Est-ce que chaque communauté (autour d’une langue) pourrait avoir au sein de l’écosystème WordPress son P2 (blog au format spécifique pour la gestion d’un projet) pour gérer les communications et l’organisation de sa communauté ? Et alors que Caspar espérait peut-être un retour plus profond de l’avis de Matt sur l’importance du développement des communautés non anglophone, il a néanmoins eu la réponse voulue : oui. Après tout, a dit Matt, un blog c’est gratuit.

Mais les P2 ce n’est que le début, et lors du Contributor Day le lundi 29, il y a eu une grande réunion des Polyglots pour parler des changements en cours et les choses à venir.

Tout d’abord Zé se retire de son poste comme meneur du projet, et dans l’intérim c’est Andrew Nacin et Sam Sidler qui prennent le relais afin d’amener le projet vers sa prochaine itération.

Pour avancer dans la continuité des packs de langues qui sont désormais externalisés pour le core de WordPress, permettant de travailler les traductions indépendamment du code, ils sont en train de mettre en place cette même logique pour les plugins et pour les thèmes. Où il n’est pas raisonnable de croire pouvoir tout traduire (presque 34 000 plugins et 3 000 thèmes), l’équipe va choisir les 25 plugins les plus populaires du dépôt pour commencer. C’est ambitieux, certes, et ça va demander la mobilisation de chaque communauté pour y arriver, mais quel bel objectif d’imaginer chercher et trouver des thèmes et des modules externes dans sa langue maternelle !

Au mois de mai, il y a eu des objectifs définis pour les sites Rosettas (versions traduites de WordPress.org), ainsi qu’une proposition pour l’implémentation de leur règlementation. Et alors que pas grande chose s’est passé depuis, on n’a qu’à regarder le site français pour comprendre le travail à faire : forums externalisés, blog post qui date de 2007, instructions d’installation obsolètes, pas de showcase—et c’est le cas pour beaucoup de communautés.

En plus des P2 évoqués par Caspar, chaque communauté aura également droit aux forums d’entraide sur son site Rosetta. A priori ceci tient de peu (l’implémentation de la nouvelle version de BBPress et son thème), et certaines communautés, telle que la communauté néerlandaise, ont déjà leur forum. Ils nous ont aussi promis accès à un showcase, pour présenter les plus beaux exemples de sites WordPress des pays francophones. Nacin a également évoqué de nouveaux outils pour aider les modérateurs et validateurs à gérer le public, tel que le renvoi automatique d’une question support sur un P2 vers les forums, et la modération de commentaires pour des utilisateurs qui publient pour la première fois afin d’éviter des spams.

Pour un WordCamp Europe qui a compté 14 anglophones parmi les 31 orateurs, dont 9 américains, il est peut-être difficile de croire que WordPress se soucie des communautés « étrangères ». Pourtant, ils nous citent avec fierté que désormais les téléchargements du logiciel gratuit depuis les sites Rosettas sont le double du nombre de téléchargements en VO. Impressionnant.

Historiquement, chaque communauté WordPress non anglophone s’est débrouillée pour offrir un support à ses membres (forums), pour le tenir au courant des nouveautés du milieu (blogs) et pour tenir un discours marketing qui montre une belle face et nous aide à valoriser cette solution sur nos marchés respectifs (showcases, experts, conférences). Mais faire tout seul veut dire ne pas faire partie véritable de la communauté internationale. Cette image fragmentée nous fait travailler d’autant plus pour justifier notre cause : WordPress comme solution même dans les entreprises, et notre communauté comme joueur majeur dans le monde.

Désormais, nous aurions les moyens de propulser les efforts de notre communauté, grâce aux outils fournis et maintenus par WordPress et la cohésion qui viendrait d’une image de marque commune sur laquelle chacun peut s’appuyer. Et avec cette base unie et fortifiée, on peut espérer davantage attirer du monde d’y participer et d’y contribuer. Parce que c’est grâce à nos membres si WordPress existe en français ; c’est grâce à nos membres s’il existe autant de tutoriels en français ; c’est grâce à nos membres si on a de si beaux exemples de sites qui tournent sous WordPress. Une communauté ne peut pas se reposer sur les épaules de quelques-uns, elle demande que chacun contribue, ne serait-ce qu’un minimum.

Au Contributor Day on nous rappelle que contribuer à sa communauté n’est qu’une question de coder (mais que ça fait plaisir de voir les français sur la liste des contributeurs au core !). Cela signifie aussi traduire, documenter, répondre aux questions dans les forums, faire les retours d’expériences, créer et participer aux Meetups locaux et toujours viser à professionnaliser et à valoriser WordPress, surtout pour ceux qui vivent de lui comme beaucoup d’entre nous.

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